Par Julia Itel
La prière du « Je vous salue Marie », également appelée « Ave Maria », est, avec celle du Notre Père, une prière centrale de la religion chrétienne catholique. Mais que disent réellement les paroles de cette prière ? D’où viennent-elles et comment se sont-elles fixées au fil des siècles ?
Qu’est-ce que la prière du « Je vous salue Marie » ?
Le « Je vous salue Marie » est une prière adressée à Marie, mère de Jésus-Christ, dont les premières paroles proviennent de l’évangile selon saint Luc. La prière est structurée en deux parties. La première reprend deux passages fondateurs de l’évangile, soit l’Annonciation et la Visitation. La seconde, représentant une supplication au sein de laquelle le fidèle demande l’intercession à Marie de prier pour le corps de l’Église, s’est développée progressivement dans la tradition de l’Église.
Récitée par l’ensemble des catholiques, elle constitue la prière par excellence de dévotion mariale. Toutefois, si le « Je vous salue Marie » s’adresse comme son titre l’indique à Marie, il demeure profondément centré sur Jésus, dont la résurrection représente le cœur de la foi chrétienne.
Dans sa forme actuelle, la prière se récite ainsi :
« Je vous salue, Marie,
pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen. »
En latin, elle s’énonce ainsi :
« Ave Maria, gratia plena
Dominus tecum
Benedicta tu in mulieribus ;
Et benedictus fructus ventris tui, Jesus !
Sancta Maria, Mater Dei,
Ora pro nobis, peccatoribus,
Nunc, et in ora mortis nostræ.
Amen. »
D’où vient la prière du « Je vous salue Marie » ?
L’histoire du « Je vous salue Marie » témoigne d’une construction progressive. À partir des paroles bibliques de l’ange Gabriel et d’Élisabeth, la tradition chrétienne a d’abord réuni une salutation et une louange, avant d’y adjoindre progressivement une supplication adressée à Marie.
Les récits de l’Annonciation et de la Visitation
Comme mentionné précédemment, la prière du « Je vous salue Marie » trouve ses fondements dans l’évangile selon saint Luc et, plus précisément, dans les récits de l’Annonciation (Lc 1, 26-38) et de la Visitation (Lc 1, 39-56).
L’Annonciation désigne l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel qu’elle concevra le Messie. Précisant que cette maternité accomplit le dessein de Dieu, l’ange inaugure cette rencontre par les mots suivants, repris ensuite dans la prière : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28).
Après l’Annonciation, Marie se rend en hâte dans le haut pays de Judée chez sa cousine : c'est la Visitation. À son salut, l’enfant d’Élisabeth (qui est enceinte de Jean le Baptiste) reconnaît la divinité de Jésus avant même de naître et tressaille en elle. Celle-ci, remplie alors de l’Esprit Saint, bénit Marie comme « mère de [s]on Seigneur » : « Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » (Lc 1, 42). Marie répond ensuite par le Magnificat (Lc 1, 46-55).
Ces deux paroles bibliques ont progressivement été réunies dans une même formule de prière. On en trouve déjà des traces à partir du Ve siècle dans certaines liturgies grecques.
L’ajout de la supplication
À la salutation de l’ange et à la louange d’Élisabeth se sont ajoutées, au cours du XIIIe siècle, des formules demandant l’intercession de Marie.
L’invocation « Sainte Marie, Mère de Dieu » renvoie au titre grec donné à Marie, Theotokos, signifiant « celle qui enfante Dieu » et généralement traduit par « Mère de Dieu ». Ce titre, consacré de manière définitive au concile d’Éphèse en 431, s’est donc progressivement intégré à la prière au fil de son développement.
Au début du XVIe siècle, la formulation du « Je vous salue Marie » se rapproche progressivement de celle que nous connaissons aujourd’hui. Dans un bréviaire édité à Paris en 1509, il est prescrit qu'au commencement de l'office, après le « Pater Noster », on dira l’« Ave Maria » en y ajoutant « Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen », soit : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il. »
La prière est finalement intégrée au Bréviaire romain réformé sous le pape Pie V, en 1568, ce qui contribue à fixer et à officialiser sa forme dans la liturgie latine.
Je vous salue, Marie
Pour voir cette vidéo pour devez activer Javascript et éventuellement utiliser un navigateur web qui supporte la balise video HTML5
Quel est le sens de la prière du « Je vous salue Marie » ?
À la différence du Notre Père qui se présente comme une succession de demandes adressées directement à Dieu, l’Ave Maria commence donc par reprendre les paroles de l’Évangile avant de devenir une prière d’intercession. Sa construction peut ainsi être comprise comme un mouvement en trois temps : la salutation, la louange et la supplication.
« Je vous salue, Marie, pleine de grâce »
La prière du « Je vous salue Marie » commence par la salutation de l’ange Gabriel à la Vierge Marie lors de l’Annonciation (Luc 1, 28). Comme mentionné plus haut, il vient lui annoncer sa maternité divine. Néanmoins, dans le texte de l’évangéliste, le nom « Marie » n’y figure pas. Celui-ci a donc été ajouté dans la prière.
Saint Luc ne mentionne pas « pleine de grâce » mais « comblée de grâce ». Nous devons cette formulation à saint Jérôme qui la traduisit en latin par gratia plena. Là où le grec insiste sur une faveur reçue (par Dieu), le latin évoque une plénitude, l’indice d’une sainteté singulière. Cette interprétation a pu jouer dans l’établissement du dogme de l’Immaculée conception de Marie (1854).
« Le Seigneur est avec vous »
Les deux expressions de la salutation de l’ange se répondent et s’éclairent l’une l’autre. Si Marie est « pleine de grâce », c’est parce que « le Seigneur est avec » elle : la grâce qui la comble trouve sa source dans la présence même de Dieu. Cette formule biblique accompagne habituellement l’investiture de figures chargées d’une mission, comme Gédéon dans le Livre des Juges (6, 12), qui reçoit la visite de l’ange : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier ! ».
« Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni »
C’est la salutation d’Élisabeth lors de la Visitation (Lc 1,42), que Luc présente comme prononcée sous l’action de l’Esprit saint. « Bénie entre toutes les femmes » est un superlatif hébraïque qui rappelle Yaël (Jg 5,24) et Judith (Jdt 13,18), des femmes célébrées pour leur rôle dans la délivrance d’Israël.
Cette parole associe immédiatement Marie à celui qu’elle porte : Jésus est le fruit de ses entrailles. L’expression rappelle ainsi que l’Incarnation engage toute la personne de Marie puisqu’elle accueille Dieu dans sa foi et son consentement, mais aussi dans son humanité et dans son corps. C’est en elle et par elle que le « Verbe s’est fait chair » et vient habiter parmi les hommes.
« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs
Le croyant, qui se reconnaît dans sa condition humaine et sa fragilité, se tourne vers Marie en lui demandant d’intercéder pour lui auprès de Dieu. « Priez pour nous, pauvres pécheurs » exprime ainsi une attitude d’humilité : celui qui prie reconnaît ses limites et remet à Dieu ce qu’il est et ce qu’il vit. Marie apparaît alors comme celle qui conduit vers son Fils.
L’intercession qui lui est demandée n’a pas pour terme ultime Marie elle-même. En effet, elle oriente le croyant vers Jésus et, à travers lui, vers Dieu le Père. Ainsi, le « Je vous salue Marie » invite celui qui prie à entrer dans une démarche de confiance, en reconnaissant que le salut vient de Dieu et que Marie est celle qui accompagne et soutient ce chemin.
« Maintenant et à l’heure de notre mort. Amen. »
La demande couvre l’existence présente et son terme. L’insistance sur l’heure de la mort reflète la sensibilité de la fin du Moyen Âge, marquée par les épidémies et la piété de l’ars moriendi (l’art de bien mourir). Cette partie s’est formée progressivement aux XIVᵉ et XVᵉ siècles. Sa forme a été fixée officiellement par le bréviaire de Pie V en 1568.
Où retrouve-t-on la prière du « Je vous salue Marie » ?
Le « Je vous salue Marie » occupe une place centrale dans plusieurs formes de la prière catholique, notamment le chapelet, le Rosaire et l’Angélus. Dans chacune de ces pratiques, la prière adressée à Marie s’inscrit toutefois dans un ensemble plus large dans la mesure où elle permet de méditer sur les mystères de la vie du Christ, de rappeler l’Incarnation ou encore de demander l’intercession de la Vierge Marie auprès de Dieu.
Suivez la prière du chapelet sur notre chaîne YouTube tous les jours à 15h30.
Le chapelet : une prière rythmée par les « Je vous salue Marie »
Le mot « chapelet » désigne à l’origine un petit chapeau ou une couronne de fleurs et renvoie, dans son sens religieux, aux couronnes de roses qui ornaient la tête des statues mariales médiévales. Aujourd'hui, le chapelet est à la fois un objet constitué non plus de fleurs mais de grains permettant de compter les prières et, dans l’usage courant, une forme de récitation du Rosaire. Le chapelet s’organise en cinq dizaine de prières ; il s’ouvre par le « Notre-Père », se poursuit pas dix « Je vous salue Marie » et se conclut par le « Gloire au Père ».
Il peut être récité seul, en famille, dans une église ou lors de pèlerinages. La succession des « Je vous salue Marie » donne à la prière son rythme tout en laissant une place au silence et à la méditation. En effet, chaque dizaine est associée à un épisode de la vie de Jésus ou de Marie, appelé « mystère ».
Le Rosaire : méditer l’Évangile avec Marie
Le terme « rosaire » vient du latin médiéval rosarium, qui signifie « roseraie » ou « couronne de rose ». Dans la tradition catholique, le Rosaire est une prière comprise comme une guirlande de roses offerte à Marie. Chaque « Je vous salue Marie » désigne une fleur.
Le Rosaire est une prière dont le chapelet n’est qu’une partie. Fixé à la fin du Moyen Âge et officialisé par Pie V en 1569, le Rosaire comptait à l’origine trois séries de cinq mystères. Les mystères joyeux portent sur l’enfance de Jésus, de l’Annonciation à la Nativité. Les mystères douloureux conduisent à méditer la Passion. Les mystères glorieux portent sur la Résurrection et la glorification du Christ et de Marie. Leurs cent cinquante « Je vous salue Marie », en écho aux cent cinquante psaumes, lui ont valu le nom de « psautier de Marie ». En 2002, Jean-Paul II a ajouté une quatrième série, les mystères lumineux, consacrés à la vie publique de Jésus.
Le « Je vous salue Marie » constitue le cœur répétitif de chaque dizaine, tandis que la méditation porte sur un épisode de la vie de Jésus. Le nom de Jésus, présent au centre même de la prière, rappelle cette orientation : le Rosaire est une prière mariale par sa forme, mais christocentrique par son contenu.
Dans un Angélus de 2010, le pape Benoît XVI présente le Rosaire comme « une prière du cœur, où la répétition des “Ave Maria“ oriente la pensée et l'affection à l’égard du Christ, et donc, se fait supplication confiante à l’égard de sa Mère et notre Mère. C'est une prière qui aide à méditer la Parole de Dieu et à assimiler la communion eucharistique, à l’exemple de Marie, qui gardait dans son cœur tout ce que Jésus disait et faisait, et sa présence même. »
L’Angélus : trois « Je vous salue Marie » au fil de la journée
Le « Je vous salue » Marie trouve également une place importante dans l’Angélus, une prière quotidienne traditionnellement récitée le matin, à midi et le soir, et commémorant le mystère de l’Annonciation. Son nom vient de son premier mot latin : Angelus Domini nuntiavit Mariae (« L’ange du Seigneur a annoncé à Marie »).
L’Angélus se compose de trois courtes invocations qui rappellent successivement le mystère de l’Incarnation, chacune étant suivie d’un « Je vous salue Marie ». La prière permet ainsi de faire mémoire, au cours de la journée, de l’annonce faite à Marie et de son consentement au projet de Dieu.
Cette pratique donne au « Je vous salue Marie » une dimension particulière : contrairement au Rosaire, où il est répété au fil de la méditation des mystères, il est ici intégré à une prière brève qui ponctue les différents moments de la journée du fidèle.
2. L'Annonciation à Marie
Pour voir cette vidéo pour devez activer Javascript et éventuellement utiliser un navigateur web qui supporte la balise video HTML5
